Tout à coup elle avait peur…
« Elle serra le lingot de toutes ses forces entre ses mains, se releva, mais soudain faible et désespérée, elle retomba à genoux, remit le lingot dans le trou et le couvrit de terre. Non, elle ne pouvait pas l’emporter. Ce n’était pas une question d’honnêteté, en fait tout à coup elle avait peur.
Elle venait de se rendre compte qu’il existe deux choses qui empêchent une personne de réaliser ses rêves : croire qu’ils sont irréalisables, ou bien, quand la roue du destin tourne à l’improviste, les voir se changer en possible au moment où l’on s’y attend le moins.
En effet, en ce cas surgit la peur de s’engager sur un chemin dont on ne connaît pas l’issue, dans une vie tissée de défis inconnus, dans l’éventualité que les choses auxquelles nous sommes habitués disparaissent à jamais.
Les gens veulent tout changer et, en même temps, souhaitent que tout continue uniformément.
Chantal ne comprenait pas très bien ce dilemme, mais elle devait maintenant en sortir.
…
Il est toujours plus facile de croire à sa propre bonté que d’affronter les autres et de lutter pour ses droits personnels. Il est toujours plus facile de recevoir une offense et de ne pas y répondre que d’avoir le courage d’affronter un adversaire plus fort que soi. Nous pouvons toujours dire que nous n’avons pas été atteints par la pierre qu’on nous a lancée, c’est seulement la nuit –quand nous sommes seuls et que notre femme, ou notre mari, ou notre camarade de classe est endormi-, c’est seulement la nuit que nous pouvons déplorer en silence notre lâcheté.
Je pense que tout le monde a peur des changements. Les habitants de Bescos veulent tous que leur village soit comme il a toujours été : un endroit où l’on cultive la terre et élève du bétail, qui réserve un accueil chaleureux aux touristes et aux chasseurs, mais où chacun sait exactement ce qui va se passer le lendemain et où les tourmentes de la nature sont les seules choses imprévisibles. C’est peut-être une façon de trouver la paix, encore que je sois d’accord avec toi sur un point : tous sont d’avis qu’ils contrôlent tout, mais ils ne contrôlent rien.
…
En fin de compte, c’est un choix de vie comme un autre, bien qu’il soit stupide de croire que l’on peut contrôler le monde, se réfugiant dans une sécurité illusoire qui empêche de se préparer aux vicissitudes de la vie. Au moment où l’on s’y attend le moins, un tremblement de terre fait surgir des montagnes, la foudre tue un arbre qui allait reverdir au printemps, un accident de chasse met fin à la vie d’un homme honnête. »
« Le Démon et mademoiselle Prym » - Paulo Coelho
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« Ma ar bona Komba »
et vivre en guerrier pacifique...
Ce matin tout s’éclaire après avoir vécu la passion, le désespoir, la colère, et la peur, le démon est venu me délivrer. Il m’est apparu à minuit dans la nuit lundi à mardi, son visage était d’une beauté rare, entouré de feu, ses yeux brillaient et me fixaient avec un regard foudroyant et hypnotisant ; je ne pouvais détourner mes yeux des siens. Soudain, deux faisceaux lumineux ont jailli de ses yeux et sont venus irradier mon buste ; aucune douleur ; aucune brûlure mais une sensation douce et chaleureuse de bien-être, de plénitude et d’apaisement. Ses yeux venaient d’éteindre le feu qui brûlait en moi depuis si longtemps. Sur le moment, j’ai pris peur et je n’ai rien compris. J’ai bondi de mon lit en me demandant si « Astrain » n’avait pas muté dans mon esprit et si la lecture que je venais de terminer (« le pèlerin de Compostelle ») ne venait pas de me rendre définitivement folle.
Après de longues minutes de doute, j’ai à nouveau laissé de côté ma raison, seule cette sensation de bien-être, de plénitude et d’apaisement qui enveloppait mon corps comptait. Je me suis endormie.
Le lendemain, j’ai longuement pleuré toutes les larmes de mon corps ; j’ai pleuré cet amour impossible car nécessairement décevant ; je ne comprenais plus le sens de ce chemin qui me menait au désespoir et à une vie piégée avide de sentiments.
Tout s’écroulait devant moi comme un château aux murs d’argile, ma vie devenait un sable mouvant qui peu à peu m’absorbait.
Après de longues heures, j’ai repris mes esprits. J’ai revu ma vie, j’ai revu mes rêves, j’ai revu ce chemin et j’y ai cru à nouveau. Il ne pouvait me conduire au néant. J’ai fait confiance à Paulo, j’ai fait confiance à mon guide, j’ai fait confiance à « Astrain », j’ai fait confiance à ce chemin.
En prenant le taxi ce matin, ce dernier m’a traité de sorcière car je venais de deviner qu’il transportait des objets métalliques ou des clés dans son coffre. Nous avons ris tous les deux car il commence à me connaître et nous nous sommes compris d’un simple regard. Un peu plus loin, nous étions en pleine ville, je lui ai fait remarquer ainsi qu’à une de ses clientes qui nous accompagnait que nous avions roulé certainement à côté d’une plante, du thym certainement. Leur silence en disait long sur mon état psychique mais, tout au fond de moi, je savais que ce thym était bien là et que je communiquais à nouveau avec l’univers.
En arrivant à destination, je suis descendue du taxi. J’ai pris un café comme à l’accoutumée et j’ai salué le reste de l’équipe des taxis. Je me suis rendue directement dans la salle d’attente, ce que je ne fais jamais puisque j’étais en avance ; j’ai compris que mon chemin me guidait (comme dans le livre). J’en étais moi-même surprise mais rien ne pouvait m’empêcher de suivre cette intuition.
J’ai sorti le livre que je venais de commencer la veille « le démon et Mademoiselle Prym » et, en attendant devant la salle de soins, je sentais comme une vibration. Je suis entrée, je me suis allongée, j’ai posé mon bras droit en repliant l’avant bras sur ma tête, j’ai mis mon bras gauche le long de mon corps et mon pouce est venu se loger sous ma ceinture. Mes yeux se sont posés sur la caméra à gauche. Lorsque les faisceaux on été actionnés, j’ai ressenti à nouveau les mêmes sensations de mon rêve, aucune douleur, aucune brûlure mais une sensation douce et chaleureuse de bien-être, de plénitude et d’apaisement qui envahissait tout mon corps.
Il n’y avait que deux hommes en blouses blanches autour de moi, je remarquais aujourd’hui que le troisième se trouvait derrière la caméra depuis quelques temps…
(A suivre)
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« La flamme de la folie »
On m’a souvent dit que la nuit portait conseil et que tout redevenait comme avant le lendemain. Ce que veulent dire par là la plupart des gens je présume c’est que tout s’efface après une bonne nuit de sommeil, tout s'oublie, et tout recommence à l'identique. Quelle idiotie désormais.
Cette nuit, j’ai à nouveau eu une révélation et ce matin, je sais désormais que plus rien ne sera comme avant, que chaque jour sera différent du précédent, que la routine, les habitudes n’auront plus désormais de place dans ma vie, que tout commence et rien ne finit, que seule la mort y mettra un point final et qui sait, la mort physique n'est peut-être pas la mort de l'esprit... Je n’ai pas compris tout de suite ce que cela signifiait. J’ai peur. Je fais désormais partie de ce présent, je suis devenue fragile et en même temps, j’ai l’impression de détenir en moi une force indestructible qui, à tout moment, pourrait anéantir le danger devant moi.
J’ai commencé à la déployer sans le savoir l’autre jour dans la salle d’attente de mon guide. J’ai été qualifiée de folle une fois de plus par un grand brun, la trentaine. Je lui ai rétorqué que lui-même avait une part de folie s'il se trouvait ici à la même place que moi et que c'était sans doute une bonne chose Dès son entrée dans la salle d’attente, j’ai sentie tout mon être, mes sens, se mettrent en alerte. Un simple regard a suffit à me dire qu’un combat allait se livrer ici même tout comme samedi dernier au restaurant lorsque je me suis surprise à rêver toute éveillée. Je ne me trouvais plus dans le jardin d’un restaurant mais dans la cour d’un château, et les flammes, qui remplaçaient les lampadaires, se sont transformées en torches tout autour de moi, j'étais prise au piège.
Il y avait beaucoup de monde et pourtant, un grand calme régnait avant la tempête. Je ne décrirai pas la fin de la soirée car ce fut effectivement catastrophique pour tous ceux qui assistaient à la scène. Paradoxalement, mon calme et ma sérénité a dû surprendre les gens autour de moi qui devaient sans doute me plaindre alors que je plaignais la personne qui justement venait de partir et quitter la table en m’abandonnant à mon triste sort.
Je ne savais pas que vivre était une folie mais je sais désormais toucher à la « flamme de la folie » et ne pourrait m’en passer pour rien au monde.
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J'ai décidé d'écouter mon coeur
En faisant le chemin à l’envers, je suis retournée voir ce clocher qui avait fait sonner ses cloches pour moi mercredi. J’ai revu la fontaine, l’escalier, la ruelle et le Garlaban. Tout demeurait intact mais l’endroit était désert. Je n’ai pas revu la vieille dame avec son arrosoir, j’ai croisé une famille de pigeons lorsque je prenais les photos. Je cherchais je ne sais quoi, un signe, une main, un mot mais rien de tout ça.
J’ai alors repris ma voiture qui était garée à deux pas, un chat faisait sa toilette tout à côté. Il m’a regardé et s’est laissé caressé. J’ai compris que la nature communiquait à nouveau avec moi comme lorsque le vent m’avait poussé à me retourner. J’ai repris mon véhicule et je me suis dirigée vers une petite ruelle sur la gauche. Je me suis alors demandée si cette voie était praticable ou pas car elle laissait passer tout juste une voiture et continuait en angle droit si bien que je me suis retrouvée devant un mur. J’ai réalisé soudain qu’il s’agissait du mur d’une autre église, en tournant sur la droite, j’ai rejoint une esplanade, j’ai revu le Garlaban au loin et une vieille Mercedes blanche habillée de voile et de dentelle, il y avait des fleurs qui respiraient le bonheur, la voiture était arrêtée devant moi et m’empêchait d’avancer. Deux jeunes gens s’embrassaient tendrement, un photographe prenait des photos. Mes yeux se sont posés sur ce couple et j’étais heureuse pour eux, j’ai pu ressentir le lien d’amour qui les unissait. Ils étaient merveilleux. J’ai ressenti à nouveau cette joie, une vague immense m’ébranler, je ne voyais que ces jeunes gens et ne pouvait m’empêcher de partager leur joie, j’étais heureuse alors que je ne les connaissais pas. Je me suis sentie stupide une demi seconde, je sentais que mon esprit luttait contre ce sentiment qui ne s’expliquait pas, mais je ne pouvais pas m’empêcher de sourire ; un vieil homme sur la droite m’a souri, j’ai tout à coup réalisé que la vie me souriait enfin pour m’accueillir. Une deuxième chance s’était présentée, j’ai senti que je ne devais plus cette fois reculer mais m’élancer dans ce fleuve sans réfléchir même si le pire m’attendait.
J’ai compris que mon esprit luttait depuis hier contre ce trop plein d’amour et que mon rejet me faisait retomber en enfer, dans mes doutes, mes craintes. J’avais peur d’accepter de me laisser baigner par ce trop plein d’amour car j’avais peur de trahir les miens. Je rejetais encore ce sentiment alors qu’il convenait de l’accepter, de l’éprouver, de décider enfin de le vivre pleinement sans chercher à comprendre, sans raison, comme j’avais su le faire il y a trois jours. Ma raison avait alors tout anéanti. Je me suis retrouvé dans un désert de sentiment qui ressemblait sans doute à l’enfer que je vivais depuis si longtemps.
Mais, nous savons tous que « le cœur à ses raisons que la raison ignore ».
J’ai décidé de laisser de côté cette raison et me laisser traverser par ce flot de sentiments. Le clocher a sonné une seule fois comme pour valider ce choix ; il m'avait donné une deuxième chance. J'ai décidé d'écouter mon coeur.
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