Jeudi 12 juillet 2007
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De la Corse au quotidien
Depuis maintenant deux semaines, je vis la Corse au quotidien. Lorsque mon pied franchit la porte de ce taxi, je sais déjà qu’une partie de moi-même est en Corse. Comme une exilée en liberté, je franchis tous les jours le continent pour retrouver cette terre sauvage où règne encore cet esprit de liberté qui fait que tout peut encore arriver, le meilleur comme le pire.
Je franchis le continent pour cette île magique et c’est un bol d’air pur qui remplit deux fois par jour mon espace intérieur. J’ai pu voir les pierres, les sangliers, les aiguilles qui pointent haut dans le ciel comme pour mieux en percer le mystère ; j’ai vu ce vieux village perdu à l’île Rousse, ces vieilles rues étroites que seuls les ânes ne peuvent fréquenter. Il paraît que les travaux de maçonnerie se font encore à dos d’âne car la voiture ne peut atteindre ces hauts lieux. Aussi, la matière première est transportée comme au siècle dernier et c’est ce qui fait le charme et l’attrait de ces villages pittoresques. Non seulement leur beauté émerveille et ouvre notre regard mais elle pénètre notre coeur car ils détiennent ce que nos villes modernes ont perdu, une âme.
Cette Corse, cette île, ce paradis perdu, est belle comme une fête, comme un sourire, comme une parole qui vient du cœur, c’est la victoire des choses et des hommes qui ont su préserver l’authenticité, la spontanéité, le franc parler, la droiture et l’honneur, c’est la victoire de l’humain.
Hier un miracle c’est produit, j’étais ivre alors que je n’avais consommé aucun alcool. Je marchais dans la rue et j’avais l’impression de flotter, de voler dans les rues de Marseille ; j’ai faillis perdre l’équilibre plusieurs fois comme si je voulais occuper tout l’espace et encore plus d'espace qu’il y en avait pour moi. Soudain, en rentrant chez moi, j’ai pris la route qui mène à Aubagne, je savais que je devais m’y rendre, quelqu'un avait pris rendez-vous pour moi et mon intuition me l’a fait savoir. Je me suis donc arrêtée à Aubagne, j’ai garé mon véhicule et me suis dirigée vers la place. Toujours cette ivresse qui m’envahissait, une béatitude devant tout ce qui m’entourait qui ne faisait qu’accentuer mon sourire jusqu’à me pousser à rire vraiment sans raison particulière.
J’ai survolé la place, emprunté une petite rue et me suis retrouvée dans le vieux Aubagne. Mon esprit fut soudain traversé par deux pensées : celle de faire les boutiques (ce qui justifiait ma venue) et celle de partir sur la gauche dans une vieille rue étroite qui débouchait sur un escalier. Avant de me décider, je me suis arrêtée pour m’acheter deux boules de glace artisanale, chocolat et chocolat coco. Et soudain, c’était une évidence, c’était à gauche que je devais aller. Je suis montée, au hasard sans réfléchir, j’ai repris à gauche, les rues rapetissaient de plus en plus, puis à droite une petite ruelle s’ouvrait devant moi. Le vent qui s’engouffrait dans la ruelle m’empêchait de manger ma glace, mes cheveux se mêlaient à ma glace et j’ai faillis les avaler si bien qu’il m’a fallu me retourner pour pouvoir manger cette glace. En me retournant, je fus saisie par la beauté du tableau qui se présentait devant mes yeux, une ruelle entourée de vieilles maisons et au milieu, le Garlaban dans toute sa splendeur rayonnait de plus belle. J’ai compris que le vent m’avait poussé à regarder ce que je ne voyais pas, il m’avait poussé à me retourner pour contempler ce tableau naturel, et je me suis mise à rire de plus belle. J’avais le visage et la bouche remplis de glace au chocolat que j’essayais d’enlever. J’ai continué à suivre mon intuition, je suis montée tout en haut jusqu’au vieux clocher qui pointait devant moi. Il y avait une fontaine à ses pieds et un petit escalier avec un petit muret. Je me suis assise sur le petit muret pour finir de déguster ma glace, deux vieilles dames discutaient à 50 mètres devant moi, une prenant de l’eau à la fontaine avec un arrosoir ; soudain, la vieille dame m’a salué, je fus saisie par la rareté de la chose. Je me trouvais à 50 mètres, derrière l’escalier et elle m’a vu. J’ai réalisé que je n’étais plus invisible et que mon attitude, ma joie de vivre avait conduite cette dame à me saluer.
J’ai relevé la tête en direction du clocher et les cloches se sont mises à sonner. Je savais tout au fond de moi que les cloches sonnaient pour moi. Je fus saisie par un sentiment de paix, de pur bonheur, de joie et d’enthousiasme que je ne connaissais pas ou peut-être était ce tout simplement un sentiment d’amour universel qui avait envahi tout mon être.
C’est peut-être cela être en amour.