Dans le « courage d’être soi », J. Salomé nous raconte l’histoire d’une vache qui aperçoit Jacques CHIRAC ; que voit-elle ? Voit-elle l’actuel Président de la République. Non, bien entendu. Cette vache ne voit qu’un homme, un être humain semblable au commun des mortels.
Nous pouvons en déduire que nous ne pouvons voir que ce que nous possédons à l’intérieur de nous-même. En conséquence, nous ne pouvons découvrir le monde, les gens, si nous n’avons pas, préalablement découvert ce qui existe au fond de nous, ce que nous sommes vraiment.
Par là même, nous ne pouvons donner que ce que nous possédons et à l’inverse, nous ne pouvons donner ce que nous ne possédons pas.
C’est plus précisément ce dernier point que je souhaite approfondir.
Depuis notre naissance, nous sommes contraints de donner ce que nous ne connaissons pas encore : l’amour. Enfant, nous sommes dans un état de dépendance totale avec nos parents aussi, l’enfant n’aime pas ses parents.
On nous oblige à embrasser enfant nos proches, notre famille, comme s’il était inscrit dans les lois naturelles « quoi qu’il arrive, tu te dois d’aimer tes proches ».
Mais au nom de quelle loi devons-nous exiger d’un enfant qu’il adopte nos sentiments.
Il convient de laisser l’enfant s’éprouver lui-même et ressentir par lui-même ses propres sentiments, son attachement ou détachement auprès de telle ou telle personne. Exiger de lui qu’il adopte nos propres sentiments devient de la tyrannie.
Exiger qu’il donne ce qu’il ne possède pas encore est un acte de tyrannie, ce n’est pas l’acte d’un être humain. Exiger de lui qu’il nous aime, nous parents, est de la tyrannie.
Nous pouvons forcer une personne à nous suivre, à adopter notre manière de vivre, mais nous ne pouvons en aucun cas forcer une personne à nous aimer. Nous-mêmes n’avons pas le choix d’aimer ou pas une personne. L’amour est personnel, il est du domaine du ressenti, il ne se programme pas.
Nous sommes programmés à aimer nos proches avant d’être programmés à nous aimer nous-même. Quelle erreur.
Comment pouvons-nous aimer le monde sans s’apprécier soi-même étant donné que nous ne pouvons voir chez l’autre que ce que nous possédons nous-mêmes au fond de nous. Cet amour que nous exigeons de l’enfant est un amour narcissique, fait de dépendance mutuelle, pour lequel nous exigeons être payés en retour par l’enfant que nous avons décidé de mettre au monde.
Cette nourriture que nous exigeons n’est pas de l’amour.
L’amour n’existe que dans le don, le dévouement, la relation à l’autre dans un but désintéressé. Aimer c’est se rapprocher de l’altruisme.
Et si nous refusions de donner ce que nous ne possédons pas car, en définitive, cela revient à ne rien donner du tout car la personne à qui nous pensons donner ne recevra jamais qu’un semblant d’amour et demeurera dans l’insatisfaction. Comment pouvons-nous donner de l’amour qui n’existe pas en nous. Nous sommes tous dupes, aveugles, abusés, nous sommes de grands acteurs dans cette pièce de théâtre, devenons plutôt les acteurs de notre propre vie et non celle de nos proches.
L’Homme est libre, libre d’agir, libre de penser et libre d’aimer, ne l’oublions pas.